
| Le jour n'en finissait plus de se lever, comme si la nuit voulait encore garder tout son prestige et sa prééminence. Seuls les oiseaux avaient entrepris leurs chants matinaux, comme tous les matins et ce depuis la nuit des temps. Les branches se balançaient au rythme de la petite brise ; celle-là même qui faisait onduler avec grâce la surface de la rivière toute proche du campement. Tout paraissait immobile, silencieux, comme figé d'un respect que seuls les grands rituels savaient communiquer à ceux qui marchent debout. Aucune fumée, aucune senteur de festin naissant, ne montaient de ces pauvres abris, faits de branchages et de tissus chamarrés. Quelques chiens déambulaient au milieu des tentes précaires, comme pour marquer la fin définitive de la nuit et le début de leur repas. Mais ils avaient beau user de tout leur flair, ils ne trouvaient personne, personne. Le campement était désespérément vide de toute vie de celles et ceux qui marchent debout. Même les rires et les cris des enfants avaient été comme engloutis par la dernière nuit. Le soleil se levait enfin sur ce pauvre spectacle ; tout semblait en ordre, rien ne paraissait dérangé, ni bouleversé, mais pourtant le campement demeurait comme vidé de ses occupants. Les couches faites de mousses et d'herbes grasses aux milles senteurs portaient encore la trace de leurs derniers occupants. Les provisions gisaient intactes accrochées aux mats des huttes. Nuls fauves n'avaient provoqué cette catastrophe. Ceux qui marchent debout avaient disparu, sans rien emporter, sans rien modifier, comme évanouis dans la nuit.
Les chiens finirent par gagner le cœur du bois à la quête d'une pitance et d'un éventuel réconfort. Les arbres entourant le camp abaissaient leurs branches les plus basses, comme pour protéger ce lieu, théâtre d'un ineffable mystère. Le vent du jour nouveau faisait tinter ce qui avait été encore la veille des objets familiers.
Il dansa, tournoya et virevolta pendant des heures et puis, il vint s'asseoir tout près du feu et commença à parler. |
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