
Tes sœurs les eaux vives ont pris leur part du désastre ; s'agit-il d'une punition ?
Ceux qui marchent debout, les hommes et les femmes qui savent encore entendre, souffrent aussi,
Toi qui entends le chant du Vent, toi qui entends le parler des arbres, toi qui t'ouvres, regarde !
Oh dieu des Vents, Oh anciens, guidez nos mains sur les tambours qui accompagnent,
Et tu hurles ton nom et ton visage, au cœur même de mes peurs.
Dans ma tourmente tu portes ta tourmente, comme pour m'en nourrir,
Dans le fracas de ta colère, je hurle mon effroi, mon désarroi.
Le temps se couvre, sur les ténèbres de mon ignorance ;
Oh Vent, pourquoi suis-je si seul à entendre ta colère ?
Oh Vent, pourquoi tes assauts me résonnent encore plus au cœur de mon âme ?
Les jours sont-ils comptés, pour ceux qui ne comptent plus que sur les doigts de l'indifférence ?
Oh Vent, vas-tu poursuivre ta course qui couche à terre mes frères les arbres. ?
Je les entends, couchés au sol de ton courroux, et pourtant ils ne médisent point.
Seraient-ils eux aussi, les " parleurs " d'une nouvelle langue : le réveil ?
Seraient-ils par leur mort les hérauts d'un message qui n'en finit plus de saigner ?
Ceux qui marchent debout, sont si seuls dans leurs croyances, leurs espoirs.
Ils vivent la parole des tambours à cœur ; ils respirent à souhait le souffle des esprits ;
Mais ils sont si seuls face, à tous ceux qui ont oublié.
Ils avancent, portant le regard du simple au plus profond du cœur, mais seules l'indifférence ou la calomnie leur répondent.
Parfois, certains parlent, parlent du Vent et de ses colères face à l'oubli ;
Mais leurs paroles sont le plus souvent étouffées dans les silences de ceux qui se perdent.
Toi qui te ronges devant la douleur et le malheur de ceux qui souffrent, regarde !
Jadis, le porteur de tambour jouissait du respect, maintenant il est le pantin des incrédules.
Jadis, on tenait ses propos comme source de victoire sur l'inconnu, aujourd'hui on raille celui que l'on nomme charlatan ou hystérique.
Jadis, on apprenait avec lui la langue des anciens, les jeux des dieux, maintenant on le méprise ou l'adule pour obtenir de lui le pardon de ses propres errances.
Soufflez sur nos langues, pour que nos chants puissent réveiller les dormeurs ;
Alors nous parlerons, alors nous chanterons, alors nous danserons.
Et dans le silence de l'ignorance et de l'oubli, nous continueront la voie chamane.
Souffle le vent, chante la langue des anciens, nous ceux qui marchons debout et nous n'oublions pas.
Dormeurs ! dormeurs ! vient le temps de faire appel à vous ; la Terre Mère réclame ses enfants pour les choyer et les guider.
Je marche avec le Vent, j'appartiens à la Terre ; je le sais et je vais le dire, encore et encore…
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