Hommage à mon fils Sébastien

Décédé le 12 janvier 2007 à l'âge de 23 ans

Le décès de mon fils marque un tournant dans ce qui était et ce qui semblait être pour moi une évidence de vie. Cette rupture temporelle, dans le sens où il semble plus inscrit dans une logique rassurante, que le fils succède au père, inaugure une logique à laquelle nul ne se prépare.
Son primo-décès, s'il lui confisque sa vie et son devenir, sauf à intégrer que tel était son destin, me place dans la logique du survivant auquel rien ne succède, si ce n'est le champ des souvenirs.
Dans l'entendement commun, le fils succède au père, en ne prenant pas sa place, mais en se plaçant dans l'intégration d'une logique du Nom-du- Père.
Si le père se met, par la force des choses, à succéder au fils, il semble devenir en quelque un survivant handicapé d'une logique de succession. Et si par la force des choses, il ne demeure plus le père d'un fils, autrement que symboliquement et par le souvenir, il s'en retourne à sa qualité de fils de son propre père. Fonction ou identité qu'il ne perdit pas par sa propre fonction de père.
Si cesse cette dialectique de l'impasse, quoique authentique, c'est la voie symbolique du " faire " homme qui demeure et inaugure de l'identité essentielle.
Que devient alors l'expression " transmettre " à sa descendance, si celle-ci s'étend avec l'unique lignage afférent. La dissolution d'un réel, à savoir un fils à qui transmettre, ouvre désormais la dimension faite unique du symbolique. Comme fondateur d'une continuité, qui passe et se passe de tout contingentement temporel et existentiel, pour ne s'en remettre qu' à la vigueur de l'image.
Image de ce qui fût, tant dans le réel, l'imaginaire ou le symbolique d'ailleurs. Le fils est fait existé par la parole qui le nomme, en dehors de toute présence, si ce n'est celle, encore une fois du symbolique.
Les souvenirs accrochent alors une nouvelle dimension d'un réel extirpé du vivant, pour donner vie à une nouvelle dimension de fils, donc de père.
Ainsi donc, ni la mort de mon fils, ni même d'ailleurs la mienne, ne me disqualifient dans cette identité du père et de père. Seule sa naissance et mon intégration des Noms-du-Père m'ont instauré Père à mon tour.
" Je suis et serai toujours ton père, mon fils. Je serai ta mémoire. "

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